LAURE MARY-COUÉGNIAS

LAURE MARY-COUÉGNIAS, Love Songs Must Continue #5, oil on canvas, 2019

HI, HOW ARE YOU?

SEPTIEME Gallery, Paris , France

7 mars – 22 avril 2020

Une inquiétante étrangeté réside dans cette question, difficilement perceptible à la première lecture. Laure Mary-Couégnias prend le temps de poser cette question si banale dont la teneur perd en saveur, atrophiée par sa répétition et le poids du quotidien. Hi, How Are You ? est une question universellement traduisible à laquelle l’homme ne répond jamais réellement, et dont il ne s’attarde jamais tout à fait à écouter la réponse.


A l’occasion de cette exposition et derrière des toiles à la perspective trompeuse, faussement plate, Laure a peint une intrigue poétique et futuriste dans le théâtre encore fumant d’une ère post-humaine. Du banal au kitsch, Laure attire les consommateurs de couleurs vives et d’images standardisées pour emmener les yeux qui se posent sur ses œuvres à gratter derrière le vernis en surface.


Laure souhaite faire de l’exposition une archéologie inverse, un espace potentiel où le temps est suspendu suite à la disparition de l’espèce humaine. Sensible aux crises que notre société traverse, du changement climatique à la déforestation, aux espèces animales qui disparaissent, Laure examine avec un regard tendre nos modèles qui se fanent et se détruisent progressivement, et imagine les vestiges possibles de belles choses que nous serons amenés à laisser derrière nous.

LAURE MARY-COUÉGNIAS, Hi, How Are You?, 2020

Ses œuvres seraient alors les restes de notre existence, amenant à interroger ce qu’il a pu advenir pour qu’il ne reste plus aucune fgure humaine. A travers les tableaux de Laure, il est possible de retracer le cheminement des choses pour comprendre la disparition des hommes et comment la nature, ici verdoyante, a pu reprendre ses droits.


Pour Laure, ses toiles ne seront peut-être jamais un héritage laissé aux générations futures comme témoins de leur temps. Consciente que ces générations peuvent ne pas exister, elle souhaite peindre l’avenir pour faire tressaillir les hommes du présent. Laure peint ce que nous ne pourrons pas voir demain : ces corps et ces intérieurs qui nous ont servi à vivre et
progresser, ces ensembles de belles choses qui, en nous aveuglant, ont conduit à cette nouvelle ère.


Apolitique, l’exposition ne se positionne pas comme une critique de l’homme sur son environnement, mais simplement comme une ode enchanteresse et avant-gardiste de ce qu’a pu être l’homme, à la beauté de ses accomplissements, comme l’écriture d’un message posthume de sa traversée du temps.

LAURE MARY-COUÉGNIAS, Hi, How Are You?, 2020

Hi, How Are You?, c’est aussi la première phrase écrite à toutes les personnes croisées par Laure dans son processus de création à travers des applications de rencontres, détournant par-là l’algorithme hasardeux de ces nouvelles technologies créées par l’homme. Désireuse de parler du monde qui l’entoure, Laure a souhaité aller à sa rencontre. Tous ses rendez-vous ont conduit à l’échange de récits de vies, de bribes de souvenirs ou de perspectives personnelles. Laure a par la suite extrait de chaque histoire des objets et symboles, fottant dans ses natures mortes et capables de symboliser notre déclin.

Les tableaux sont des compositions pensées comme des scènes de crime comportant les pièces à conviction de la disparition de notre espèce. Les objets manufacturés pointent le confort de la consommation et le pouvoir éteint de l’homme sur la nature, tandis que les paysages surréalistes de végétaux abondants, témoins paisibles d’un cauchemar passé, indiquent que la nature est redevenue maîtresse de ses propriétés. Le temps est passé, l’homme n’est plus là, les montagnes sont verdoyantes. Les animaux
quant à eux, présentent une ambivalence plus dérangeante. Aliénés par la longue présence de l’homme qui a transformé leurs écosystèmes, ils gardent en eux des traces indélébiles de cette cohabitation. Leurs attitudes, parasitées par l’homme, sont à cheval entre la pose de taxidermiste et la prise de selfie prêt à être posté sur Instagram. Elles appartiennent uniquement à nos fantasmes qui s’en trouvent dans ces tableaux quelque part assouvis. Cette inquiétante étrangeté revient et nous interroge sur la
nature de ces animaux, espèce réelle ou cyborgs programmés par l’homme et livrés à eux-mêmes.

Les sculptures de glands en terre cuite, déposées au sol, évoquent l’excavation d’un site archéologique. Certaines d’entre elles, épargnées par le temps sont en émail, et ont pu conserver leur beauté scintillante. A travers ces sculptures, Laure souhaite donner écho à une autre actualité de notre temps et imagine une phase terminale au #metoo. Les glands, fruit gras que l’on donne à manger aux porcs de luxe pour obtenir un jambon de qualité, portent en eux une grande ironie et prédisent le déclin cynique d’un patriarcat tombé au sol.

Créant son propre monde onirique dans une poésie réconfortante, Laure propose de passer à l’examen de notre avenir et de mettre entre parenthèses celui des vestiges du passé. Selon elle, l’homme a appris à vivre, à survivre et doit aujourd’hui apprendre à s’effacer tout en se permettant d’admirer son passage sur terre. En acceptant sa propre disparition, Laure souhaite que l’homme perçoive le meilleur de ses acquis pour profiter de ses derniers instants.

LAURE MARY-COUÉGNAIS, The Pathetic Fallacy, 80x59 cm, huile sur toile, 2020 ©Photo Maurine Tric